Publié sur le blog des élus MoDem de La Défense (Hauts-de-Seine) :
Le groupe des élus MoDem des villes de La Défense appelle à la création d'une intercommunalité permettant de développer harmonieusement l’emploi, le logement et les
transports, et de redonner, ensemble et avec les habitants, une
véritable identité à notre territoire.
Nanterre est sorti samedi dernier de l’isolement qu’elle entretient soigneusement avec ses
voisins de La Défense, en organisant, sous la forme d’un conseil
municipal extraordinaire, un « brain storming » public sur son devenir
dans le Grand Paris. Ou du moins faire comme si….
Car La Défense,
c’est tout de même le monde des affaires, du capital, de l’argent, le
quartier des riches… Et à Nanterre, on ne prend pas cela à la légère :
Saint Marx, éloigne cette coupe de mes lèvres ! Rends-nous à la pureté
originelle de nos « cités jardins »…
L’initiative a surpris tout le monde. Enfin presque…
En
effet, il y a quelques jours, une rencontre peu médiatisée, à
l’initiative de Patrick Devedjian et de Philippe Chaix, patrons des
deux établissements publics de la Défense (EPAD et EPASA) a réuni les
maires de 6 villes des Hauts-de-Seine (Nanterre, Courbevoie, Puteaux,
Rueil-Malmaison, Suresnes et La Garenne-Colombes) pour examiner les
conséquences du Grand Paris sur le territoire de La Défense.
Le
temps presse en effet. Le Grand Paris génère des peurs et met en branle
de nombreuses évolutions : l’Est parisien voit d’un mauvais œil la
consolidation de ce grand pôle de richesse régional qui leur semble se
faire à leur détriment. Autour de La Défense, les appétits s’aiguisent
: qui n’aimerait pas profiter de cette manne ?
L’idée de
l’intercommunalité commence à séduire le 92 – avec retard il est vrai
- comme le montre la fusion prochaine d’Arc de Seine et de Val de
Seine, qui place en orbite commune autour des villes de
Boulogne-Billancourt et d’Issy-les-Moulineaux un territoire de 400.000
habitants … Une intercommunalité qui rompt les équilibres politiques du
département, puisque des maires d’étiquettes différentes se mettent à
travailler ensemble.
Mais autour de la Défense, l’idée
d’intercommunalité prend une autre tonalité. Car La Défense est la
chasse gardée de l’Etat et du département. Sa suzeraineté est totale
sur Puteaux et Courbevoie, dont les édiles doivent surtout leur «
carrière » au respect de l’injonction « je te donne de l’argent et tu
te tais ». En contrepartie, ils ont perdu la maîtrise du destin de leur
ville : leurs PLU (Plan d’Urbanisme Local), leurs constructions de
logement, le développement de leurs transports… sont suspendus au bon
vouloir de l’EPAD.
Porte-voix du maître départemental, ils se sont
laissés exproprier de leurs compétences, en échange d’une « rente » qui
leur permet d’asseoir une politique parfois clientéliste et leur donne
de la légitimité.
Nanterre et sa majorité communiste fait tâche :
elle n’a pas la même souplesse d’échine et cherche surtout à sauver son
devenir politique dans un département où elle fait figure d’anomalie.
En même temps, elle est attentive à préserver ses revenus et son
pré-carré. Tout en continuant à protester très fort contre les
contraintes qu’on lui impose, elle n’en continue pas moins de placer
silencieusement ses pions.
Tout cela est devenu aujourd’hui très
vénéneux ! En surplomb des villes et sans racines, La Défense impose à
des populations des décisions prises ailleurs, pour des motifs éloignés
de leur intérêt. Son manque de proximité, sa gouvernance autoritaire,
ses nombreuses erreurs, son parfum de scandales financiers… tout cela
pèse très lourd aujourd’hui. Doté d’un « plan de renouveau » très
ambitieux en m2, projet présidentiel, pilier stratégique de « son »
Grand Paris, La Défense doit amorcer un virage décisif. Ne pas le
prendre, c’est courir le risque de devenir rapidement un modèle dépassé.
«
Si je n’en suis l’auteur, feignons de l’être »… Philippe Chaix, le
patron de l’EPAD/EPASA et Patrick Devedjian ont donc mis en place leur
plan ORSEC. Une intercommunalité, pourquoi pas ? Avec des amis, c’est
encore mieux. C’est ainsi qu’on comprend mieux cette rencontre de 6
communes : hormis Nanterre, l’ensemble est composé de braves soldats de
l’UMP qui, à défaut de s’investir dans l’avenir de La Défense, sauront
montrer leurs crocs le jour où il leur sera demandé… Mais du désir réel
de vivre ensemble, nos maires respectifs semblent bien éloignés.
Cela
met aussi à distance d’autres communes dont la complémentarité
géographique ou économique pouvait paraître, à première lecture,
pertinente : Neuilly, Colombes, Asnières…
Pour notre part, élues
de Puteaux et Courbevoie, et donc de La Défense, nous nous insurgeons
avec vigueur contre ce traitement politicien. La Défense doit devenir
un territoire de vie et raccorder les « morceaux décousus » qui la
constituent. On ne peut plus imposer cela d’en haut. Autour d’une dalle
où les hommes se croisent sans se parler ni se voir, il faut remettre
l’Homme au Centre et conjuguer talents des affaires, bassin d’emplois,
politique équilibrée de l’habitat, transports inter et intra
renouvelés, culture, savoirs et formations… 10% seulement des employés
de La Défense habitent dans l’une de nos 3 villes. 2 universités, des
lycées, des lieux de formation en quantité n’ont jamais ni travaillé
ensemble, ni développé de collaborations avec leur milieu professionnel
!
Une intercommunalité est une aventure à construire, une
collaboration à forger, une amitié à faire naître. Les élus du Modem de
Puteaux, Courbevoie et Nanterre ont été les premiers, il y a quelques
mois à proposer cet avenir commun, alors que nos maires respectifs nous
renvoyaient une moue dubitative. Pour autant, nous n’accepterons par
une intercommunalité de façade et d’intérêt, qui aurait pour seul but
d’élargir l’aire d’influence de l’EPAD et lui donner l’assise
territoriale nécessaire au développement de la Défense, ou de préserver
des équilibres politiques actuels. Cela signerait l’échec même de
l’idée d’intercommunalité, et son rejet à terme par les habitants.
L’heure
presse… Nous appelons les hommes et les femmes de conscience à
Nanterre, Puteaux et Courbevoie et ceux des villes voisines qui le
souhaitent, à demander à leurs maires respectifs de bâtir un véritable
projet de vie avec et autour de La Défense, permettant de développer
harmonieusement l’emploi, le logement et les transports, et de
redonner, ensemble et avec les habitants, une véritable identité à
notre territoire. Et pour commencer, apprendre à nos villes et leurs
habitants à se connaître, s’apprécier et se respecter.
Un calcul
politicien, un arrangement « entre amis », ne serait pas seulement
éthiquement discutable. Il serait dangereux, car il priverait pour une
longue période les villes de toute capacité de peser sur des évolutions
qui engagent pourtant leur avenir.
Sylvie Cancelloni
Conseillère municipale MoDem de Puteaux
Groupe « Alternance Puteaux »
et
Martine Volard
Conseillère municipale de Courbevoie
Président du groupe « Mouvement démocrate Courbevoie »
(photo : Flickr)
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