Le patron de l'institut d'analyse et de recherche
sur la société sera tête de liste du MoDem dans le Sud-Ouest. Il esplique au figaro.fr les raisons de son engagement
Pourquoi vous engager aux côtés de François Bayrou ?
Tout
d'abord, je veux préciser que je vous réponds en tant que candidat
Modem, pas en tant que patron du Credoc. Pour revenir à votre question,
elle est double, à mon sens. D'une part, pourquoi une personnalité
issue de la personnalité civile telle que moi s'engage en politique ?
Et bien parce que j'étudie depuis des années la société française et
ses craintes, ses angoisses et j'ai envie de quitter ce rôle
d'observateur pour devenir un acteur. Ensuite, pourquoi François Bayrou
? Car je suis en accord avec lui et que j'estime qu'il est, de loin,
celui qui a la pensée avec laquelle je me sens le plus en accord. C'est
l'un des rares hommes politiques à avoir une pensée et une analyse
profondes de la société. C'est un littéraire, un historien, qui a un
engagement qui s'enracine dans la France, dans ses valeurs. En 1993,
lorsque j'ai commencé à analyser la société, la crise frappait déjà le
pays. On parlait déjà d'une société angoissée, inquiète de son avenir.
Cette crise a perduré jusqu'à la fin des années 1990, puis on a eu une
période de croissance. Durant cette époque, on a connu deux alternances
: la droite de Jacques Chirac puis la gauche avec Lionel Jospin. J'ai
pu constater que ni l'une ni l'autre n'avaient pu redonner confiance au
pays. Aujourd'hui, la France se sent déclassée, ringardisée, perdue.
Le Modem peut-il exister en France face à l'UMP et au PS ?
D'après
mon expérience, on a en France environ 15% des gens qui plaident en
faveur des réformes, qui souhaitent avancer, qu'ils soient à gauche ou
à droite. Ce sont des cadres, des intellectuels, des professions
libérales. Mais les classes populaires ne comprennent pas la nécessité
de ces réformes et se sentent exclues. Pour qu'elles ne sentent plus
décalées, il faut faire de la politique autrement. François Bayrou
propose une méthode différente, qui consiste à ne pas bombarder la
France de réformes sans associer les Français à ces réflexions. Nicolas
Sarkozy a multiplié les réformes et les annonces, mais ce-faisant, il a
déstabilisé la société, il l'a plongé dans le doute. A force de dire
que tout doit être réformé, que rien ne va, la France se sent ringarde,
se perçoit de manière négative. Or on ne peut pas faire évoluer la
société contre les gens. Quant au PS, au-delà de ses querelles
internes, les solutions proposées sur le fond ne me conviennent pas non
plus. Leur plan de relance face à la crise n'est pas crédible, la
hausse du Smic, de la consommation, ce ne sont pas des solutions que
j'approuve.
Et face à cette crise, que propose le Modem ?
Les
mesures nécessaires doivent être prises au niveau européen. Ce que
propose François Bayrou, c'est un grand emprunt européen de l'ordre de
3% du PIB, auquel les pays pourraient choisir ou non de souscrire. Il
faut que l'Europe réalise qu'elle a une capacité énorme face à cette
crise. Et que les gens comprennent qu'il n'y a pas de plan B, que la
crise actuelle et une crise certes économique, mais aussi une véritable
crise de civilisation. Vers quel type de société voulons-nous aller ?
C'est la véritable question.
L'Europe n'est pourtant pas au mieux en ce moment…
Vous
avez raison, mais pourquoi l'Union européenne va-t-elle mal ? Car on a
fabriqué au fil du temps une Europe qui s'occupe de détails, de mesures
très techniques, sans être capable d'opérer de grands cadrages pourtant
nécessaires. Il faut par ailleurs sortir au plus vite de ce piège qui
dit que l'Europe se fait au détriment des nations.
Ce sera votre première campagne, comment comptez-vous la mener ?
C'est
une nouveauté pour moi, mais j'ai envie d'apprendre et je suis très
enthousiaste. La présence à mes côtés d'Anne Laperrouze, députée
européenne sortante qui vient du sud-ouest et qui va m'épauler, sera
précieuse. J'ai l'intention d'aller beaucoup sur le terrain.Je vais me
laisser le temps de découvrir les joies de la politique. Mais je compte
bien me lancer à plein temps dans cette campagne et, si je suis élu,
m'engager également à plein temps.
Quel objectif fixez-vous pour le Modem lors de ces européennes ?
En
termes de chiffres ? De faire le plus haut possible. Le Modem s'affirme
comme la troisième force politique du pays, nous souhaitons en faire la
deuxième. Je crois cela possible car les récents sondages montrent que
si les gens ne sont pas convaincus du plan de relance de Nicolas
Sarkozy, ils ne sont pas plus séduits par celui du PS. Aucun de ces
deux camps n'a de proposition en phase avec les attentes des Français.
Le PS et l'UMP sont enfermés dans un jeu politique qui lasse et la
société est mûre pour une troisième force. De plus, les élections
européennes, à un seul tour et à la proportionnelle, permettent au
centre d'exister. Lorsque le système politique rend possible
l'existence d'un centre, il se développe. Le bipartisme n'est pas une
fatalité. En tous cas, j'ai l'intention de rester au Modem et de faire
de la politique autrement.Le Modem porte des valeurs qui sont partagées
par la société française. C'est un parti humaniste et social, ce ne
sont pas des mots creux. La droite est associée au capitalisme, la
gauche au socialisme, deux termes usés, deux manières de gérer la
société qui sont usées.
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